Quelle est cette chose qui nous soucie tant ? Superpocket (2026)

Musiciens

Aristide d’Agostino — trompette & bugle
Arnaud Edel — guitare & compositions
Jean-Emmanuel Doucet — batterie

Production

Thomas Lefebvre & Aymeric Mordrelle — prise de son
Aymeric Mordrelle & Jean-Emmanuel Doucet — mixage
Benoit Courribet — mastering
Kris Chau — peinture

Autres informations

Enregistré au Tapis Vert (Normandie) du 25 au 29 novembre 2024
Réalisé en collaboration avec l’Étourneur

Distribué par Inouïe Distribution

Chroniques

Avec « Quelle est cette chose qui nous soucie tant ? », Superpocket signe un album aussi énigmatique que sensible, où le jazz devient un terrain de jeu ouvert et mouvant. Entre ballades contemplatives, éclats plus électriques et constructions imprévisibles, le trio manceau explore une palette sonore riche, libre de toute contrainte stylistique.

Loin d’un jazz figé, Superpocket privilégie l’exploration et la métamorphose : les morceaux avancent comme des fragments d’histoires, oscillant entre délicatesse et tension, entre écriture précise et liberté assumée. Cette musique instrumentale, faite de collages et de contrastes, évoque tour à tour l’intime et l’abstraction, sans jamais perdre en cohérence.

Avec cet album, Superpocket propose une œuvre immersive et vivante, qui invite autant à l’écoute attentive qu’à la dérive imaginaire. Un disque subtil, habité, qui confirme la singularité et la créativité du trio sur la scène jazz contemporaine.

Cédric Charbonnier

Entre jazz actuel et rock alternatif parfois un peu noisy-dark, Superpocket, le trio manceau (originaire du Mans, donc) en est à son deuxième album. Sous le titre « Quelle est cette chose qui nous soucie tant ? » on devine le second degré et la pointe d’ironie. Et cela se confirme dans la musique.

Arnaud Edel (eg), Aristide d’Agostino (tp, fgh) et Jean-Emmanuel Doucet (dm) se moquent des étiquettes et des styles. Ces gars-là ont sans doute été élevé tant au jazz (de Coleman, Miles, Monk, Zorn…) qu’au rock (un peu Zappa, un peu The Jesus and Mary Chain, un peu Nirvana ?...) et proposent un joyeux mélange des genres habilement ficelé. De l’ouverture tonitruante « Immobile inertie, attente en mouvement » à la conclusion Fellino-Rotaesque « Ritournelle » le trio joue avec la jazz. La guitare sature et s’emballe sur « Quasi Niente », ou vient gueuler, avant de s’excuser, sur un « Coup de pinceau dans la 5e dimension » plein de surprises.

La trompette se mélange, nerveusement ou sensuellement (évoquant parfois les brumes nordiques), aux nappes électro-vintages avant de se frayer un chemin entre les frappes fluctuantes du batteur. Ça claque, ça pète, ça rigole. Ça ne se prend pas au sérieux mais ça vit et ça charie les émotions. On décèle un soupçon de « Caravan » moderne perturbé par des ondes cosmiques dans « Dansent, les grues dans le désert » ou des accents ibériques dans « Pétrichor ». Forcément, les « Matin » (4 ou 2) ont un peu la gueule de bois. Mais on ne s’en plaint pas.

« Quelle est cette chose qui nous soucie tant ? »... la sincérité, l’indépendance, la désinvolture, l’anticonformisme ? Un peu de tout cela sans doute. Et cela se trouve au fond de Superpocket.

Jacques Prouvost